La valeur en question

Livres et objets donnés sur le stand de PierMarc Suisse à Fribourg, une photographie qui interroge leur valeur.
Fribourg, 5 septembre 2026 — Quand le regard précède la réflexion.

Samedi 5 septembre, PierMarc Suisse était présent au marché aux puces de Fribourg. Parmi les objets confiés à l’association, un livre a attiré notre attention. Une rencontre presque fortuite, qui invite à réfléchir à ce que signifie réellement « donner ».

Sur l’une des tables se côtoyaient des livres, des CD et divers objets ayant déjà connu une première vie. Ils ont appartenu à quelqu’un, occupé une étagère, accompagné un moment, puis leurs propriétaires ont choisi de s’en séparer.
Mais pas de les jeter.

Ils les ont donnés à PierMarc.

À leur tour, les visiteurs du marché aux puces les regardent, les prennent en main, les reposent ou décident de repartir avec eux. Sur notre stand, pas de prix affiché. Les objets confiés à PierMarc poursuivent leur chemin, tandis que chacun reste libre du montant de sa contribution au soutien de nos actions.

Au milieu de tous ces objets, un titre attire le regard, le temps d’une photo : Anthologie de la non-dualité, de Véronique Loiseleur, présentée par Arnaud Desjardins.

Le hasard fait parfois bien les choses.
Cet ouvrage rassemble des enseignements issus de différentes traditions spirituelles autour notamment de notre rapport au réel, à ce qui est, ici et maintenant.

Que venait donc faire un tel livre sur un stand de marché aux puces ?
Peut-être simplement attendre son prochain lecteur.

Ce titre nous conduit pourtant ailleurs : vers une question toute simple en apparence, celle de la valeur.

Un marché aux puces offre justement un terrain singulier pour l’interroger.

Quelle est la valeur d’un livre déjà lu ?
Faut-il retenir son prix lorsqu’il était neuf ? Le temps consacré à sa lecture ? Les pensées qu’il a suscitées ? Ou ce qu’il apportera demain à la personne qui le découvrira ?

Sur un stand où chacun détermine librement sa contribution, la question prend une autre dimension.

Un objet nous a d’abord été donné. Il poursuit ensuite son chemin auprès d’une autre personne, tandis que les contributions recueillies permettent de soutenir les actions de PierMarc.
Entre les deux, l’objet n’a pratiquement pas changé.

Seule sa place change.

En changeant de mains, l’objet poursuit son histoire auprès de quelqu’un d’autre. Dans ce passage d’une personne à une autre, il acquiert une autre dimension : il participe désormais au soutien des actions de PierMarc.
Le geste dépasse alors le simple réemploi.

Un premier geste de générosité en rend possible un autre.

Notre société associe rapidement valeur et prix.

Un objet vaut tant. Une prestation coûte tant. Une journée associative rapporte tant.

Ces données comptent et contribuent à une gestion sérieuse de l’association. Suffisent-elles pour autant à mesurer ce qu’une journée a réellement produit ?

Lors d’un marché aux puces, nous pouvons naturellement comptabiliser les recettes. Comment comptabiliser, en revanche, une conversation ?

Comment mesurer ce que produira la découverte de PierMarc par une personne qui ne nous connaissait pas ?

Dans notre précédent article, Le temps du résultat, nous interrogions déjà cette part moins visible de nos actions : l’absence de résultat immédiat escompté signifie-t-elle pour autant l’absence de résultat ?

L’expérience vécue à Fribourg nous amène aujourd’hui à poursuivre cette réflexion sous un autre angle : tout ce qui a de la valeur se mesure-t-il nécessairement ?

La journée à Fribourg rejoint, de manière inattendue, le titre du livre posé sur notre stand.
Nous séparons volontiers celui qui donne de celui qui reçoit.

Dans cette petite chaîne de solidarité, les rôles deviennent moins évidents.

Une personne nous confie un livre dont elle n’a plus l’usage. PierMarc le reçoit. Un visiteur le choisit et contribue à son tour au soutien de nos actions. Peut-être recevra-t-il, lui aussi, quelque chose de ce livre.

Qui a donné ? Qui a reçu ?

Un peu tout le monde, finalement.

Le don possède une particularité : là où un objet passe simplement d’une main à une autre, le geste qui l’accompagne peut, lui, prendre de la valeur en circulant.

Nous pourrions raconter cette présence au marché aux puces de Fribourg par une succession de faits : installation du stand, objets proposés, visiteurs rencontrés, contributions recueillies, rangement…

Tout cela a bien eu lieu.

Cette photographie raconte pourtant autre chose.
Sur celle-ci, au premier plan, Anthologie de la non-dualité. Un peu plus loin, un autre livre : L’Aventure suisse. Et, en arrière-plan, deux grands mots complètent involontairement la scène :
« Welcome Amigos ».

Nous n’aurions probablement pas réussi une telle composition en cherchant à l’organiser.

L’œil, lui, l’a pourtant saisie.

Une photographie retient parfois instinctivement ce que la raison n’a pas encore interprété. Sur le moment, elle capture une scène. Plus tard, le regard s’attarde, rapproche certains détails et leur découvre un sens inattendu.

Gardons donc cette photographie telle qu’elle s’est présentée.

Une journée associative réserve des rencontres imprévues, des conversations et ces petits détails dont nous ne percevons pas toujours immédiatement la portée.

À Fribourg, des objets ont changé de mains. Des personnes ont donné, d’autres ont reçu. PierMarc a créé le lien entre ces gestes.

Et au terme de la journée, une question demeure :
La véritable valeur d’un don réside-t-elle dans ce que l’on donne… ou dans ce que ce geste permet de transmettre ?

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