
pour garantir des conditions de vie durables et sécurisées.
Un enjeu souvent sous-estimé
Il existe des sujets que chacun préfère éviter…
et pourtant, ils conditionnent le bon fonctionnement de tout lieu de vie.
Lorsque nous envisageons la création d’un écovillage durable, les premières images qui émergent sont généralement positives : nature, autonomie, énergies renouvelables, agriculture responsable.
Derrière cette vision, certains enjeux fondamentaux restent pourtant largement invisibles.
Parmi eux, la gestion des toilettes — et plus largement de l’assainissement — constitue un défi majeur, souvent sous-estimé.
Dans le cadre du projet d’écovillage de l’ONG PierMarc, actuellement en phase de conception, ce sujet est abordé avec lucidité, rigueur… et pragmatisme.
Un sujet à la croisée de plusieurs enjeux
Le choix d’un système sanitaire ne relève pas uniquement d’une décision technique. Il implique :
- Des enjeux sanitaires (prévention des maladies, hygiène)
- Des enjeux environnementaux (gestion de l’eau, valorisation des déchets)
- Des enjeux culturels (acceptabilité des usages)
- Des enjeux opérationnels (maintenance, organisation des flux et gestion de l’intervention humaine au quotidien).
Dans un contexte comme le nôtre — un écovillage destiné à accueillir des enfants — ces enjeux prennent une dimension encore plus critique.
Toilettes sèches : une solution évidente… en apparence
Les toilettes sèches sont souvent présentées comme une solution écologique idéale :
- Réduction de la consommation d’eau
- Valorisation possible des matières organiques
- Cohérence avec un modèle d’économie circulaire.
Ces avantages sont réels.
Dès les années 2000, des ouvrages de référence comme Un petit coin pour soulager la planète de Christophe Elain ont largement contribué à faire connaître ces solutions et à en promouvoir les bénéfices écologiques.
Cette approche s’inscrivait alors dans une démarche engagée, visant à repenser notre rapport à l’eau et aux déchets.
De l’écologie militante à l’ingénierie sanitaire
Depuis, les retours d’expérience et l’évolution des connaissances ont profondément transformé l’approche de l’assainissement.
Des institutions de référence, telles que Eawag — institut suisse de renommée internationale spécialisé dans la recherche sur l’eau et l’assainissement — contribuent aujourd’hui à structurer des approches fondées sur des données scientifiques, des expérimentations terrain et une analyse fine des contextes locaux.
D’une approche souvent militante écologique dans les années 2000, nous sommes aujourd’hui passés à une véritable ingénierie sanitaire.
Cette évolution traduit un changement profond : il ne s’agit plus uniquement de proposer des solutions écologiques, mais de concevoir des systèmes fiables, sûrs et adaptés à des contextes d’usage réels.
Un enjeu mondial de santé publique
À l’échelle internationale, la question de l’assainissement est loin d’être résolue.
Comme le montre le documentaire La grande bataille des toilettes (2022), une part importante de la population mondiale ne dispose toujours pas de solutions sanitaires sûres, avec des conséquences majeures en matière de santé publique, notamment pour les enfants.
Cette réalité rappelle que la question des toilettes ne relève pas uniquement d’un choix écologique ou technique, mais constitue un enjeu sanitaire global, encore largement sous-estimé.
Dans le futur écovillage au Mexique, elle sera au cœur des échanges avec les communautés locales, les partenaires et l’ensemble des acteurs impliqués.
Des alternatives en pleine évolution
Face à ces limites, certaines approches innovantes cherchent à franchir une nouvelle étape.
Les travaux soutenus par la Fondation Bill & Melinda Gates s’inscrivent dans cette logique, en développant des systèmes capables de fonctionner sans réseau d’assainissement traditionnel.
Cette approche illustre une évolution majeure du secteur :
Le défi n’est plus seulement de gérer les déchets, mais de concevoir des systèmes capables de rester sûrs et fiables dans des conditions d’usage réelles, y compris lorsque les pratiques ne sont pas parfaitement maîtrisées.
Dans la vie quotidienne, une quantité insuffisante de matière sèche, une vidange retardée ou une utilisation inadaptée — notamment par de jeunes enfants — peuvent rapidement entraîner des déséquilibres, qu’il s’agisse d’odeurs, de nuisances ou de risques sanitaires.
Ces situations rappellent que la robustesse d’un système repose avant tout sur sa capacité à limiter les conséquences des usages imparfaits.
Des contraintes concrètes à ne pas sous-estimer
Au-delà des principes, l’assainissement repose sur une réalité très concrète.
Chaque personne produit en moyenne :
- Environ 1,5 litre d’urine par jour
- Et près de 150 grammes de matières fécales, composées de 65 à 80 % d’eau.
Ces volumes, multipliés à l’échelle d’un écovillage, représentent des flux quotidiens significatifs à gérer, traiter et valoriser.
Cela implique nécessairement :
- Une organisation rigoureuse
- Des infrastructures adaptées
- Et une réflexion globale sur le cycle des matières.
Notre position : une approche pragmatique et adaptée
Face à ces constats, l’ONG PierMarc a fait le choix d’une approche nuancée.
Plutôt que d’opposer solutions classiques et solutions écologiques, nous privilégions un modèle hybride, adapté aux usages et aux besoins :
- Des systèmes fiables et sécurisés dans les zones de vie des enfants
- Des dispositifs écologiques (dont les toilettes sèches) intégrés de manière ciblée, notamment dans les espaces pédagogiques et agricoles
- Une réflexion globale sur les flux, incluant le traitement et la valorisation des matières
Cette approche permet de concilier :
- Sécurité
- Dignité
- Durabilité
- Et réalisme opérationnel.
Une réflexion ouverte
Le projet étant en phase de conception, cette réflexion est amenée à évoluer.
Nous sommes convaincus que les solutions les plus pertinentes naissent du dialogue entre :
- Acteurs de terrain
- Experts techniques
- Institutions
- Et partenaires engagés.
Nous restons donc ouverts aux échanges avec toute personne ou organisation souhaitant contribuer à cette réflexion.
Conclusion
Concevoir un écovillage durable, c’est aussi accepter de traiter des sujets complexes, parfois peu visibles, mais déterminants.
L’assainissement en fait partie.
Parce qu’un projet réellement durable ne se mesure pas uniquement à ses intentions, mais à sa capacité à fonctionner, au quotidien, dans des conditions d’exploitation concrètes.
Dans cette phase de conception, cette réflexion reste ouverte.
L’ONG PierMarc se tient à l’écoute des experts, partenaires techniques et acteurs engagés dans les domaines de l’eau, de l’assainissement et des solutions durables.
Toute contribution, retour d’expérience ou mise en relation pourra utilement enrichir cette démarche.
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